Cher(e) petit(e) ami(e) Internaute,

Aujourd'hui, comme tu en as pris l'habitude peut-être, je vais râler. Je vais t'enseigner aussi. Des choses auxquelles tu n'avais éventuellement pas pensé, trop occupé(e) à récurer tes toilettes ou à tenter de sortir la cire de tes oreilles. Ah ben si, t'es comme tout le monde. Ca m'étonnerait que tu ne le fasses pas.

Donc, le sujet aujourd'hui va être : la BD est sexiste, cette salope (comment ça, y a un paradoxe ? ben non, justement pas).

Si l'on prend trois BD particulièrement emblématiques de mon enfance (ben ouais, c'est moi qui raconte donc je suis le centre du monde), auxquelles pourtant presque malgré moi je voue une sorte de culte intérieur et absolument inexplicable, on constate en tant que femme avec une certaine amertume et un sentiment presque de tromperie qu'elles sont lamentablement sexistes. Je pense surtout à Tintin, aux connards de Schtroumpfs et à Astérix et Obélix. J'ai la vague impression par ailleurs qu'Astérix s'en est légèrement mieux sorti de ce point de vue-là que les deux autres sus-mentionnés (Cherche pas, Mensionné c'est pas un prénom).

Comme je vois que tout le monde s'emmerde déjà face à ce superbe et non moins passionnant exposé, j'abrège le plus possible.

3 thématiques :
1. la présence (ou l'absence le plus souvent) des femmes dans ces BD
2. si femmes il y a, leur représentation
3. la neutralité confondue comme toujours avec le masculin

Donc :

1. On constate que les femmes sont particulièrement rares dans ces BD. Dans Tintin, la seule femme que (ou dont ? gné...) je me remémore est la Castafiore. Chez les Schtroumpfs, il me semble que la seule "femme" est la Schtroumpfette (y avait peut-être aussi une sorcière qui voulait absolument se taper Gargamel, mais on la lui fait pas à lui). Astérix par contre a su présenter et étoffer les personnages féminins du village au fil des épisodes. Ils sont devenus plus variés et ont pris plus de place dans les aventures. Mais la représentation de ces femmes toutefois apparaît malgré tout sexiste.


h_ros


2. Dans la représentation des femmes dans ces BD, il est intéressant de noter qu'elles sont soit :
a. des chieuses
b. des potiches
Je simplifie à l'extrême, on s'en doute, mais prenons le personnage de la Castafiore. Elle est insupportable, passionnée, excessive, collante. Elle fait peur aux hommes (ces fragiles petites choses) : le capitaine Haddock ne peut pas la blairer mais elle insiste, comme pour vraiment dévoiler toute sa chiantise. Elle est ainsi présentée comme franchement idiote, pénible, capricieuse et vaniteuse (ses seuls centres d'intérêt semblant être sa voix et ses bijoux, contrairement aux héros qui ont des problèmes autrement plus importants, pensez-vous donc). Bonnemine (la femme du chef du village) dans Astérix est représentée un peu de cette manière également, bien que peut-être de façon moins caricaturale, dans la mesure où l'on perçoit bien que son mari également est particulièrement pénible à vivre. Toutefois, elle complote (notamment dans Le Devin), est régulièrement source d'ennui (cf. La Zizanie) et semble complètement concentrée sur elle-même, sans jamais aucun souci du domaine public, notamment du village en l'occurence.
Dans le rôle des potiches, la plus intéressante me semble être la Schtroumpfette : elle passe justement du stade a au stade b. Dans un premier temps, avant d'être "améliorée" par le Grand Schtroumpf (figure de Pygmalion par excellence, qui sait modeler la femme telle qu'il la désire), elle est considérée comme laide et par conséquent agace facilement tous les Schtroumpfs qui ne semblent voir aucun attrait en elle. Après sa transformation, qui fait d'elle une blonde sexy (admettons...), elle n'a plus d'autre fonction que de plaire. Elle gagne son identité et sa valeur à travers le regard des Schtroumpfs. Falbala dans Astérix également, cette jeune femme séduisante qui attend le retour de son amant (ça me rappelle cette nouille de Pénélope, qui aurait mieux fait de se taper le facteur plutôt que d'attendre Ulysse, qui de son côté partouzait sans vergogne avec les sirènes). Elle ne parle pas vraiment, pleure surtout, mais on lui pardonne ce côté un peu "fade" parce qu'elle a le "mérite" d'être belle.
Soulignons également le fait que les femmes sont cantonnées au domaine du privé, du foyer (un peu moins dans Astérix, où elles participent également parfois à la guerre, boivent la potion magique et voyagent même un peu, dans les albums plus récents du moins). La Castafiore paie cher le fait d'être "publique", de se représenter sur scène. Elle est parfaitement ridiculisée dans la BD. Bonnemine manque de provoquer la destruction du village en allant dans la forêt voir le devin. La Schtroumpfette n'est même pas évoquée dans l'album concernant les votations. Elle ne se présente pas, ne sera pas élue.

3. (On est bientôt au bout, si si.) Concernant ces BD qui présentent presque systématiquement les hommes comme l'"humanité", je pense surtout à ceci : la Schtroumpfette est unique face à tous ces mâles. Elle devient par conséquent le particulier au milieu du général. Elle semble même être une espèce à part. Il y a les Schtroumpfs et la Schtroumpfette. Ce qui est valable pour eux n'est par conséquent pas valable pour elle. Et vice versa. Lorsque l'on parle des Schtroumpfs, on ne parle pas d'elle. Alors que les Schtroumpfs semblent somme toute passablement asexués et "neutres", la Schtroumpfette, elle, est précisément sexuée. C'est même son sexe qui la constitue toute entière et qui fait d'elle ce qu'elle est, alors que les Schtroumpfs sont qualifiés en fonction de leur tempérament ou de leur profession. Elle est l'Autre (comme aurait dit Simone de Beauvoir, mais ça tout le monde s'en tamponne). (Notons d'ailleurs à ce sujet à quel point le Schtroumpf coquet -assimilié à une "presque femelle"- est présenté comme pénible, futile, volatile, insignifiant, égocentrique, ridicule, vaniteux.) Ce sont des aventures d'hommes au départ qui sont présentées. Les femmes sont des accompagnatrices, des épouses, des aides, des subalternes, des trucs jolis dans le fond qui donnent un peu de piment aux affaires sérieuses des héros masculins.
Pour finir, en parlant de neutralité amalgamée au genre masculin, deux mots sur les animaux de compagnie de ces trois BD. Aussi bien dans le cas de Milou que d'Idéfix ou d'Azraël, ce sont des mâles. Là encore, dans l'imaginaire du lecteur et de la lectrice, ce sont les mâles qui restent important. Même parmi ces foutus animaux (que je salue au passage, s'ils me lisent).
Et les femelles au second plan.


chien


Merci donc, ami(e) Internaute pour ta patience. Je sais que tu n'as pas tout lu et que tu es directement passé(e) à la dernière ligne, mais quand même hein, bravo à toi.