20 octobre 2007

Artemisia Gentileschi

Je crois qu'on peut dire qu'il s'agit ici d'un hommage.
J'ai récemment été informée sur une femme peintre du XVIIème siècle, que je n'aurais probablement jamais découverte seule. D'une part parce que je ne connais pas grand chose en histoire de l'art, d'autre part parce que les femmes peintres ont été ignorées par l'histoire et classées au rang d'amatrices pendant très longtemps.

Une femme fascinante de mon point de vue, des oeuvres bouleversantes à mes yeux.
Mais une histoire surtout, un parcours de combattante que je voulais naïvement saluer.

Artemisia Gentileschi était la fille de l'artiste Orazio Gentileschi (ouais elle avait une mère aussi, mais manifestement peu connue), talentueux certes mais approximatif, notamment concernant le rendu des perspectives. C'est lui dans un premier temps qui a appris à sa fille les techniques de l'artiste. Celle-ci s'est avérée particulièrement douée et expressive. A tel point qu'elle a su se faire un nom rapidement (ses premières toiles reconnues ont été vendues alors qu'elle avait 16-17 ans).
Son père, souhaitant lui offrir la possibilité d'approfondir son art et de se surpasser, a engagé un précepteur pour elle, Agostino Tassi. Inutile je pense de le rappeler, les femmes étaient totalement exclues des écoles d'art en particulier, mais également de tous les lieux du savoir en général. Les Beaux-Arts n'étaient par conséquent pas une option pour Artemisia Gentileschi.

Le précepteur Tassi, après avoir fait pression durant plusieurs mois manifestement pour coucher avec Artemisia Gentileschi, l'a finalement violée à plusieurs reprises.
Orazio Gentileschi a fait juger Tassi au tribunal papal, après que celui-ci ait rompu sa promesse de mariage avec Artemisia Gentileschi suite aux viols (une vieille tradition débile supposée préserver ainsi l'honneur de la famille de la femme dépucelée). Afin de vérifier la véracité des propos de la jeune femme qui avait alors 19 ans, le tribunal papal a imposé des examens gynécologiques humiliants ainsi que des tortures à cette dernière. Ces méthodes semblent avoir été considérées à cette époque comme le plus sûr moyen d'écarter tout doute quant à un possible mensonge. La victime était bien sûr conçue comme en partie responsable des violences subies.
Tassi a finalement été condamné à une année de prison, ainsi qu'à l'exil.

Artemisia Gentileschi, au-delà de cette expérience de vie qui semble particulièrement douloureuse et violente à bien des égards, a laissé des oeuvres exceptionnellement intenses et complexes.

Suzanne et les vieillards, 1610

Les biographes d'Artemisia Gentileschi ont retrouvé des portraits de Tassi qui semblaient très proches de celui du personnage masculin de gauche.


Artemisia a reproduit plusieurs fois cette scène de Judith achevant Holopherne (1612-1613), dans diverses postures. Les biographes là encore, sur la base de certains écrits d'Artemisia cette fois, ont établi que cette scène de meurtre représentée à répétition intervient suite aux viols et au procès vécus par l'artiste.

C'est personnel, mais je trouve toute sa vie franchement passionnante. Avec tout ce qu'elle peut comporter évidemment de fantasmes décontextualisés. Mais je dois dire que je reste assez admirative du courage de cette femme. Et surtout de sa capacité à sublimer des expériences atroces, d'en faire des oeuvres, d'en faire une trace éternelle. Une manière de continuer d'exister et de s'inscrire dans l'histoire.



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source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Artemisia_Gentileschi

Posté par karaz à 10:17 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires sur Artemisia Gentileschi

    et le père ?

    je tire mon chapeau également à cet homme qui à cette époque à aidé et soutenu sa fille dans sa carrière de peintre. Je le félicite aussi d'avoir trainé le percepteur devant les tribunaux à une époque ou maheureusement l'on ne valorisait pas les femmes.

    Il me semble qu'il lui aura aussi fallu du courage pour aller l'encontre des usages de la société.


    Sinon je suis pas connaisseur et n'ai pas fait d'étude de l'art mais je trouve les couleurs et les contrastes de ces tableaux magnifiques....ceci vient peut être de mon écran.... et j'aimerais bien voir en vrai le rendu de ces toiles. Le réalisme de l'homme agonisant et du sang sur les draps est saisissant

    Posté par Fab, 20 octobre 2007 à 22:47 | | Répondre
  • Post Scriptum

    ... je profite que le thème du post traite d'art pour redire bravo pour tes dessins ;P

    Posté par Fab, 20 octobre 2007 à 22:49 | | Répondre
  • Merci beaucoup, Fab. C'est très gentil. Je m'amuse bien.

    Au sujet du père d'Artemisia, je suis d'accord avec toi. En partie. Disons qu'il est indispensable de contextualiser.

    Il semblerait qu'il n'ait pas eu de fils et qu'il lui tenait très à coeur de transmettre ce qu'il savait (et on le comprend aisément). Finalement, toutes les "grandes femmes artistes" des siècles passés ont pu développer leur talent grâce à un père heureux d'enseigner (ou un frère).

    Là où je pense qu'il est important de ne pas calquer nos propres valeurs, c'est concernant le procès justement. N'oublions pas que faire un procès contre Tassi équivalait à tenter de redorer le blason familial souillé par la défloraison d'Artemisia (heureusement qu'en Occident les temps ont changé de ce point de vue là...). Et le père n'a pas subi les tortures et les examens en tous genres. Il n'a finalement qu'autorisé le procès.

    Artemisia a par ailleurs été mariée presque immédiatement après le procès, pour effacer toute trace de son passé.

    Mais bon. Sur le fond je suis assez d'accord, comme je l'ai dit : le père était peut-être un peu plus ouvert que d'autres pour son époque. Mais encore une fois, je ne sais pas bien. Je ne connais pas leur contexte.

    Posté par karaz, 21 octobre 2007 à 10:08 | | Répondre
  • C'est profondément injuste cette histoire.
    Par chance elle maniait le pinceau comme une lame de boucher.

    Posté par francesco, 22 octobre 2007 à 21:48 | | Répondre
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